Dimanche 18 novembre 2007
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L’émission 66 minutes ce soir sur M6. Un reportage dans les communes flamandes qui entourent Bruxelles. Nous sommes à moins de 50km du Parlement européen. Pourtant, la contradiction se trouve là où on s’y attend le moins: au cœur de l’Europe !
Dans ces communes rattachées à la Flandre, vivent des milliers de francophones. Parfois, ils représentent même la majorité de la population locale. Pourtant, ils n’ont pas le droit de pratiquer leur langue maternelle dans un pays officiellement bilingue… Le bourgmestre francophone d’une commune flamande doit impérativement s’adresser en flamand au personnel communal, à ses administrés, à ses collègues bourgmestres, mêmes si ceux-ci sont tous francophones.
Mais ce n’est pas tout. Dans les cours d’école, les enfants francophones ont l’interdiction de parler leur langue entre eux durant la récré ! Pour mettre en pratique ce règlement qui fleure bon les années 1930-40, une surveillante veille en permanence. « Big sister is watching you » et gare à celles et ceux qui désobéissent. Une punition les attend : elle doit bien sûr être exécutée en flamand.
Non, j’ai été abasourdi par ce qui se passe en Belgique en ce début du 21ème siècle. Une telle intolérance, dûment votée par la population, et légalisée par des juristes certains de « faire leur travail ». Ça ne vous rappelle rien ? Moi si et en premier lieu la Turquie. Ce pays violent et nationaliste, considéré par beaucoup comme l’exemple politique à ne pas suivre, a pour habitude de réprimer ses minorités. Les principales victimes de cette intolérance institutionnelle sont les Kurdes. Ils ont l’interdiction de parler leur langue et de revendiquer leurs racines culturelles. Quelle différence y a-t-il avec la situation belge ? En fait c’est une simple question d’intensité dans la persécution des récalcitrants. Si en Turquie on s’en prend physiquement à eux, en Belgique c’est plus subtil même si c’est tout aussi oppressant. Comme le dit Casamayor,
Si l'intolérance sanglante s'est flétrie au long des siècles, le danger c'est l'intolérance fruste, qui n'a même pas à être furtive si elle est faible, ou terrifiante si elle est forte, qui se fond dans la vie quotidienne, qui s'y intègre si profondément qu'on ne peut plus la reconnaître ni l'isoler, ni en conséquence la combattre. L'intolérance est difficile à opacifier. Un moyen toutefois consiste à commencer à vanter ses mérites.
Casamayor, La Tolérance, Gallimard, Paris, 1975
Et c’est justement ce que feront tous les Flamands qui adhèrent à cette politique de la langue unique. Pour eux, c’est très simple : le Flamand est la langue historique et naturelle qui se parle « chez eux » depuis des siècles. Les étrangers, comprenez leurs compatriotes Wallons, n’ont qu’à s’adapter. Et en toute bonne conscience, ces zélés prosélytes de la « flamitude » perçoivent cette attitude intolérante et anachronique comme un « progrès ».
Comme s’il était bien, en cette époque d’échanges internationaux en accroissement exponentiel, de se refermer sur sa petite communauté géographique, de se crisper sur un communautarisme qui n’a plus sa place dans l’Europe et le monde d’aujourd’hui.
Mais, nous conclurons sur une note d’espoir, grâce encore une fois à Casamayor.
L'intolérance qui est partout présente mille visages comme elle présente mille dimensions. Infime, on ose même pas la suspecter de peur de passer pour un maniaque de la persécution. Immense, elle semble dominer le monde et paralyse toutes les énergies, mais celui qui a le courage de l'affronter la traverse et se rend compte qu'elle n'est qu'une ombre.
La Tolérance, Gallimard, Paris, 1975
Merci de ton passage sur mon blog! Il faudra effectivement qu'on se fasse un jus... de raisin, de houblon, ou tout autre.