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Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /Juil /2007 22:49
Tuer des personnes inconnues au hasard d’une rame de métro ou d’un vol de ligne, quoi de plus absurde et de plus lâche ? Au premier degré, c’est ainsi qu’on réagit lorsqu’un acte terroriste est commis. Naturellement, il est parfaitement absurde et contre-productif de tuer des innocents lorsqu’on veut promouvoir une cause à laquelle on croit.
 
Ces actes sanguinaires et spectaculaires n’ont d’autre conséquence que de provoquer une violence boomerang tout aussi aveugle et encore plus sanguinaire que l’acte d’amorce. On se réfère en l’occurrence à la guerre en Iraq suite aux attentats du 11 septembre 2001. Mais on pense aussi aux kamikazes palestiniens qui se font sauter en Israël.
 
A-t-on déjà essayé d’imaginer où en serait la Palestine aujourd’hui si elle avait eu pour chef un Gandhi au lieu d’un Arafat ? Sans prendre beaucoup de risque, on ose avancer que la situation sur place serait certainement meilleure qu’elle ne l’est de fait actuellement. Chaque attentat palestinien, fait « le bonheur » de Tsahal (armée isr.) et du Shin Bet (services secrets isr.) car il leur donne la légitimité d’intervenir militairement dans les territoires occupés. Le fait qu’ils fassent alors preuve d’une violence dix ou cent fois plus forte que l’acte qu’ils sont sensés venger, aucun média occidental « respectable » n’a le courage de le dire.
 
Et sur le terrain on imagine sans peine la suite. La famille du kamikaze voit sa maison détruite et les frères et sœurs de ce dernier, écoeurés devant une vengeance aussi vile et déplacée, se jurent de poursuivre la lutte contre l’ennemi quitte à y laisser leur peau (cf. l’excellent récit de Yasmina Khadra dans L’attentat, Pocket, 2005).
 
Le cycle de la violence aveugle et inutile s’auto-alimente ainsi à l’infini. Or, dans le chaos généré par la guerre, ce sont les plus immoraux et les plus brutaux qui s’en sortent le mieux. Des gens qui seraient en temps de paix des loubards ou des truands, se retrouvent chefs d’escadron ou même « colonels ». C’est la triste réalité. La guerre en Yougoslavie en est un parfait exemple que personne ne contredira.
 
Pourtant, ce n’est pas là que nous voulions en venir. Nous préférons nous interroger sur les mobiles des kamikazes issus de l’Union européenne. Comment se fait-il qu’un médecin britannique d’origine pakistanaise (par exemple) décide de détruire sa vie et de sacrifier sa famille pour poser une bombe dans un avion ? Bien qu’imparfaitement, Yasmina Khadra (op. cit.) tente une explication. Dans son roman, l’anti-héroïne kamikaze se fait exploser car elle ne supporte plus de vivre dans le luxe en Israël alors que sa famille subit quotidiennement les attaques israéliennes de l’autre côté du Mur.
 
Outre le fait que le prétexte pour se sacrifier semble un peu étrange pour nous occidentaux, le résultat de cet acte est totalement contre-productif, nous l’avons déjà dit. Mais, attention. Ne jugeons pas trop vite depuis notre « mirador » européen. En tant que citoyens d’un état « de droit », nous ne pouvons même pas imaginer l’arbitraire qui règne à Gaza ou à Naplouse. Les Palestiniens vivent en ce moment dans une telle misère économique, politique et intellectuelle, que les plus fragiles – et souvent aussi les plus intègres – deviennent fous. Acculés psychiquement, ils ne voient pas d’autre issue que le suicide.
 
Mais peut-on invoquer les mêmes raisons pour un médecin pakistanais du Royaume-Uni ? Clairement, non. Pourtant, en y regardant de plus près, on trouve un certain nombre de causalités. D’abord, on imagine sans problème le discret mépris qu’il ressent au quotidien de la part de ses collègues, Britanniques de souche. Et au fil des ans, notre médecin à dû se rendre à l’évidence : quels que soient ses efforts d’intégration, jamais le regard des autres ne lui permettra de se sentir à 100% britannique. Il restera toujours un étranger. Et toutes les lois anti-raciste du Royaume n’y changeront rien.
 
Ensuite, il est probable que notre homme aura réussi à devenir médecin au prix de gros efforts : il aura sacrifié plusieurs années à ses études, conscient qu’en tant qu’étranger il n’a pas droit à l’erreur… Par la suite, sa réussite académique lui aura fait prendre conscience de sa valeur : « après tout, je suis l’un des meilleurs de ma promotion et je ne crains plus personne » se sera-t-il dit. Pourtant, contre toute attente, sa brillante carrière de chirurgien ne débutera pas à Londres ou à Manchester. Pour d’obscures raisons académiques, le fringant médecin se retrouve condamné à faire ses preuves dans une triste ville de province alors que d’autres camarades moins doués ont eux trouvé de l’embauche sous des cieux plus étoilés.
 
« Cela ne fait rien se dit-il, je me battrai et je finirai par me faire une place au soleil. » Pourtant, les années passent et, malgré l’excellence de son travail, ses candidatures auprès d’hôpitaux plus prestigieux restent sans réponse. Notre homme commence alors inexorablement à douter. Faute d’avoir réussi à se faire des amis britanniques (qui préfèrent rester entre eux), il se tourne inévitablement vers les membres de sa communauté. Il entend alors régulièrement des récits d’échec social ressemblant au sien.
 
En plus, pour fuir la monotonie de sa vie professionnelle et familiale, il commence à fréquenter régulièrement des musulmans politisés, sensibles à la pureté et à l’ordre (islamique) prôné par l’imam local. Face aux coups bas dont il est victime sur son lieu de travail, mais aussi en comparant ses aspirations (qu’il estime assez élevées) à celle de ses collègues (qui ne pensent qu’à leur prochaine voiture et à leurs chances d’avancement), notre citoyen « de couleur » fini par arriver à une conclusion abrupte : « il faut donner un grand coup de balai dans cette civilisation qui ne croit plus qu’à l’argent et qui salit toutes les valeurs qu’elle s’approprie. »
 
Il suffit ensuite d’une parole d’encouragement à la révolte susurrée par un ami ou un imam mal intentionné, pour que le jeune médecin se prenne tout d’un coup pour le chevalier blanc qui défend les « vraies valeurs ». La dynamique de non-retour étant ainsi amorcée, on imagine sans problème la triste suite.
Par webmestre - Publié dans : bakou
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