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Le blog d'un citoyen en quête de sens
Le blog d'un citoyen en quête de sens
Notre organisation sociale est à l'évidence prématurée. Nous n'en savons pas assez. Nous nous confions à des gens que nous ne connaissons pas, nous nous décidons sur des alternatives dont nous ignorons à peu près tout, nous choisissons des hommes politiques en leur faisant un crédit qui repose sur des infos si peu sûres que jamais nous ne signerions le moindre engagement avec un simple particulier si nous n'en savions pas davantage. Certes, il ne peut en etre autrement, mais nous ne devons jamais oublier l'énorme marge d'incertitude que comporte toute conduite parce que la conscience de cette incertitude nous protège de l'intolérance [si je sais que je peux me tromper dans mes jugements, j'accepterai plus facilement que quelqu'un d'autre se trompe à son tour].
Casamayor, La Tolérance, Gallimard, 1975
Comme son illustre prédécesseur à la tête de la France, il a pour elle de grands dessins. Il la voit déjà au sommet de la hiérarchie mondiale, aspirée vers les cimes par sa seule volonté. Mais où est donc passé le réalisme des Français qui l'ont élu ? Ont-ils docilement cru les promesses qu'il n'arrivera jamais à tenir, pour autant d'ailleurs qu'il en ait envie ?
Non, M. Sarkozy ne sera pas "le président des Français" comme il n'a cessé de le répéter durant toute la campagne. Le futur président gouvernera avant tout popur ses amis les chefs d'entreprises. Pas les directeurs de PME, rassurez-vous. Non il servira ceux qui l'ont aidé à arriver au sommet: les tenants du grand capital.
Cela peut paraître élémentaire et un rien surranné. Toutefois, je ne pense pas être loin du compte. Tout comme Bonaparte, Nicolas Sarkozy a fait naître beaucoup d'espoir. Mais, d'avance on peut prédire sans trop de risque d'erreur, que le leader UMP ne va réussir qu'à enfoncer la France un peu plus. Avec, en prime, les milliers de victimes de sa future politique économique: travailleurs précaires, mères célibataires, diplômés sans emploi, sans-papiers...
Car, comme le disait si bien Manuel Vazquez Montalbán,
C'est exactement la devise de M. Sarkozy, même s'il a l'élémentaire prudence de ne pas l'avouer en public. Un présidentiable se doit de garder une certaine tenue langagière... En plus, les gens n'aiment pas qu'on leur dise la vérité en face. Pourtant, depuis que la CEE a accepté la libre-circulation des capitaux - probablement la pire décision politique des 30 dernières années même si à part André Gorz personne ne l'a souligné - le pouvoir politique n'a plus beaucoup d'emprise sur l'économique.
Une minorité intéressée des représentants européens à Bruxelles a réussi à faire passer ce dramatique prémisse à la perte totale d'autonomie des nations européennes. En effet, sans emprise sur la circulation des capitaux, aucun gouvernement ne peut encore maîtriser sa politique économique. C'est désormais le grand capital qui tient le couteau par le manche. Le prix Nobel José Saramago l'a très bien compris:
"J'entends souvent des personnes sincères, dont la bonne foi est prouvée, et d'autres qui ont intérêt à simuler cette apparence de bonnes dispositions, soutenir ceci: bien que l'état catastrophique dans lequel se trouve la majeur partie de la planète soit une évidence indéniable, ce sera précisément dans le cadre d'un système démocratique général que nous aurons le plus de probabilités d'arriver à faire respecter pleinement, ou tout au moins de manière satisfaisante, les droits de la personne. Rien de plus sûr à condition que soit effectivement démocratique le système de gouvernement et de gestion de la société qu'actuellement nous appelons démocratie. Et il ne l'est pas.
C'est vrai que nous pouvons voter, c'est vrai que nous pouvons choisir nos représentants au Parlement... La possibilité d'action démocratique commence et finit là...Nous savons tous qu'il en va ainsi et, malgré cela, par une sorte d'automatisme verbal et mental qui ne nous permet pas de voir les faits dans leur nudité sans fard, nous continuons à parler de démocratie. A en parler comme s'il s'agissait de quelque chose de vivant et d'efficace, alors qu'il ne nous reste guère autre chose d'elle que cet ensemble de formes ritualisées, les passes inoffensives et les gestes d'une sorte de messe laïque."
Il y a dans ce monde plein de bizzareries; j'entends par là des choses absurdes qui vont contre toute logique humaniste. Hier soir, comme des millions de gens, j'ai regardé envoyé spécial sur France 2. Le reportage sur les cueilleurs de légumes polonais et ghanéens au sud de l'Italie m'a choqué.
A voir les conditions insalubres dans lesquelles ces gens sont hébergés, on se demande si l'Union européenne est arrivée jusqu'au sud de Rome. Pourtant, dans cette émission il s'agissait en grande partie d'ouvriers de l'est de l'UE venus tenter leur chance dans les Pouilles. Ces travailleurs sont honteusement sous-payés, lorsqu'ils sont payés. Et ceux qui osent questionner ce modèle d'exploitation mafieux, sont retrouvés quelques jours plus tard morts dans un terrain vague.
La police de Foggia, préfecture de la région, refuse d'intervenir. Et les autorités italiennes et européennes semblent ne rien trouver à dire à cela: "circulez, y a rien à voir". Alors, la question qu'on est en droit de se poser est, pour quoi ces policiers italiens et ces fonctionnaires italiens et européens de l'inspection du travail sont-ils payés ? Où est l'Etat de droit ?
Ce qui se passe autour de Foggia est une honte pour toute l'Europe et en particulier pour l'Italie. Pourtant, une fois de plus, il est peu probable que le reportage très courageux d'envoyé spécial ne change quoi que ce soit à l'ordre des choses. Comme le disent si bien Florence Aubenas et Miguel Benasayag dans La fabrication de l'information,
Vive la démocratie, vive les Droits de l'Homme, vive le respect des lois européennes!
J'ai entendu hier M. Sarkozy dire que le bonheur n'est pas dans le pré, mais qu'il est à sa place de travail. "Travaillez plus dit-il, vous viverez mieux."
Personnellement, cela m'interpelle: je travaille 3.5 jours par semaine et lorsque vient le moment de quitter mon bureau le jeudi midi, je dis youpie! Pourtant, je ne suis pas quelqu'un de paresseux ou qui aime s'ennuyer. C'est tout le contraire.
J'aime regarder le vent souffler dans les branches, le soleil éclairer un vieux muret, la pluie qui tombe sur les montagnes qui me font face.
En fait, ce que j'aime par dessus tout, c'est prendre le temps de vivre. Aller au marché le matin, cuisiner sans la pression de l'horloge... Bref, trouver le temps de donner du goût et du relief aux mille et une petites choses de la vie qui ne sont ni bonnes ni mauvaises par essence.
Au travail, c'est différent. Il faut être efficace, rationnel, productif et rentable. Cela se comprend et n'est pas grave en soit. Ce qui l'est plus, c'est que certains semblent croire que le travail est un but en soit. Il suffirait donc de bien travailler pour donner un sens à sa vie!
Pour moi, cela est tout sauf évident. D'abord, au travail l'on ne fait pas que ce qu'on aime. On ne fait pas que des choses qui ont du sens. Au contraire, le travail fatigue et empêche souvent de faire des sorties ou des activités socio-culturelles le soir.
Arrivé à dix-huit heures, on n'a plus envie que d'une chose, rentrer chez soi, au calme et éventuellement manger quelque chose. Et c'est pratiquement tous les jours pareil. Alors, naturellement vient le jour où cet éternel recommencement (cf. le mythe de Sisyphe) pose question. A quoi ça sert de continuer si c'est pour arriver toujours au même soir de fatigue ?
Les jours, les mois et les années passent et l'on se dit: finalement que fais-je de ma vie ? Quelle trace vais-je laisser derrière moi ? Ai-je exploré toutes les possibilités qu'offre la vie ?
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