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Le blog d'un citoyen en quête de sens
Le blog d'un citoyen en quête de sens
S'il y a un pays qui m'arrache les tripes, c'est bien celui-ci. Et avec ce qui se
passe actuellement en Géorgie, certaines lectures font l'effet d'un vaccin bienfaisant contre la banalisation de la guerre.
Dans les Bosniaques, Velibor Čolić fait le tour de la question en 140 pages. Il y raconte la guerre civile qui fit rage autour de sa ville de Modriča entre mai et juin 1992.
Plutôt qu'un récit, il s'agit de fulgurances dont la crudité est plus explicite que toutes les analyses pseudo scientifiques:
"Ado, jeune homme de 22 ans engagé dans les troupes bosniaques, serrait contre lui son fusil de chasse, tandis qu'il traversait en courant un bosquet d'acacias. Il allait droit vers un tank.
Il ressentit une douleur effroyable lorsque l'impact transforma son visage en bouillie. La terre poussa un gémissement rauque quand elle accueillit son corps déjà sans vie; le feuilllage des
acacias s'arrêta un instant de frémir. Après un moment de silence irréel, on entendit le sifflement de nouvelles grenades."
Ou encore: "[...] Le 17 mai [1992], quand l'armée serbe entra définitivement dans Modriča, le Tzigane Ibro refusa de fuir, bien qu'il fût musulman. On n'eut aucune pitié pour lui. Les soldats
serbes lui coupèrent le cou, ainsi qu'à sa femme et à son fils et, comme au "temps des Turcs" plantèrent leurs têtes sur les piquets de la palissade qui entourait la maison. D'après ce que nous
ont raconté les témoins, il y avait sur la table, dans la cour, une bouteille de raki et du café tout frais. Pour accueillir les militaires, au cas où ils viendraient.
Aujourd'hui
installé en Bretagne, son nouveau combat est devenu un sacerdoce : raconter,
encore et encore, pour empêcher, comme il le dit que l'on "bricole la mémoire". D'anecdotes drôles en témoignages terribles, il raconte son pays déchiré, poussé par sa colère contre les
mensonges. "Déjà, on commence à trafiquer l'histoire, 11 ans après la fin du conflit ! On voudrait cacher la poussière sous le tapis" dit-il, "mais bâcler la paix n'est pas une solution. Il
faut respecter la période de deuil".
Photo: rue du centre ville de Modriča où l'on aperçoit une maison détruite avec des immeubles intacts en
arrière-fond. Une vue typique des villes bosniaques qu'on observe encore aujourd'hui. C'est la conséquence de l'épuration ethnique: les maisons étaient détruites en fonction de la nationalité de
leur propriétaire. Si celui-ci n'était pas du côté des vainqueurs, sa maison risquait d'être détruite. A moins qu'un voisin appartenant au camp vainqueur ne s'y oppose par solidarité ou
par cupidité...
Crédit photo... http://www.panoramio.com/user/1971456&comments_page=1&photos_page=3
N.B. A celles et ceux qui désirent approfondir le sujet, je recommande l'air
de la guerre de Jean Hatzfeld. S'il y a un livre qu'il faut lire, c'est celui-ci et aucun autre.
Anecdote véridique: avant de partir pour Sarajevo avec le CICR en 1996, je passe dans le bureau chargé de "l'acclimatation" des futurs délégués. L'occasion pour moi de poser toutes les questions
sur mon prochain lieu d'affectation. Une femme de 50 ans la mine sévère mais sure d'elle-même, me fait face. Je l'interroge prudemment: "Est-ce qu'il est possible de faire du jogging en Bosnie?"
Après avoir pris le temps de la réflexion - compréhensible étant donné l'importance cruciale :-) de ma question - elle me fixe et me dit: "Vous n'allez pas en Bosnie pour courir! Cela dit, si
vous désirez absolument faire du sport, évitez les jambes dénudées. Dans un pays musulman cela ne se fait pas!" OK, sauf que quelques jours plus tard en me promenant dans les rues de la capitale
bosniaque, j'ai bien ri: les filles déambulaient habillées de façon au moins aussi sexy qu'à Genève... Pareil à Bihac ou dans d'autres villes bosniaques.
Suis-je le seul à me poser ces questions existentielles ? A voir l'humeur apparemment constante de mes collègues de travail, j'en arriverais presque à le croire. Sont-ils satisfait de cette vie où l'on doit employer 99% de notre énergie à survivre ? J'entends par-là faire à bouffer, aller au travail exposé au bruit infernal du trafic, saluer machinalement les collègues en leur répondant « oui merci je vais bien »... C'est de toute façon la seule chose qu'ils veulent entendre.
Au travail on doit donner le meilleur de soi-même en permanence. Mais il ne faut surtout pas compter sur les autres pour échanger davantage que des banalités. A croire, je me répète mais c'est à peine incroyable, qu'ils n'ont aucun problème de motivation. Ils ne s'interrogent jamais sur le sens de leur vie, la vraie finalité de leur travail, leur rôle dans la société et dans le monde, leur karma... rien !
Non, on a l'impression qu'ils se contentent de percevoir leur salaire (supérieur au mien...), de faire leurs 8 heures et de rentrer le soir saluer leur brave femme. Le fait que ce soit tous les jours pareil et qu'aucune nouveauté positive ne les sorte du lamentable train-train, ne leur fait ni chaud ni froid. Et ils vont faire ça durant 40 ans et arriver à la retraite sans avoir pris aucun risque, sans avoir jamais rien fait d'extraordinaire, sans avoir contesté l'ordre établi (qui dessert les plus faibles), sans avoir même pensé à soulever l'effroyable couvercle de cette vie insensée, qui tourne en rond depuis deux millénaires sans qu'un nouveau Jésus Christ ne soit venu annoncer la bonne nouvelle à moins que Sri Aurobindo... Mais ça nous en reparlerons.
Actuellement, même les « petits plaisirs de la vie » qui permettent habituellement de tenir le cap dans les situations difficiles, me semblent inaccessibles. La raison est simple : aucun temps libre pour en profiter. Je travaille comme un con toute la journée. A midi pas le moindre espace de rêve ou la moindre occasion de refaire le monde avec des copains. Non, c'est chacun pour soi, atomisé dans sa petite bulle individuelle, résigné : « De toute façon c'est comme ça, on peut rien y faire. » Mais les pires, ce sont les réalistes qui se pincent la bouche quand vous faites mine de les interpeller sur ce genre de questions.
En réalité, ça les emmerde vos questions car ils ne se les sont jamais posées. Elles fissurent leur belle assurance de robot qui sont sûrs que tout va bien dans le meilleur des mondes, quitte à se mettre des œillères... Tant qu'ils ont leur café le matin en arrivant (ils ne s'en lassent jamais), leur voiture qui les attend sur le parking, les actualités à la radio (importantes car elles leur donnent l'impression d'être partie prenante de « l'actualité » ha ha ha !) et un match à la télé le soir, leur vie les satisfait pleinement. « Après tout ça pourrait être pire » pensent-ils dans leur veulerie incommensurable. Ils ne redoutent pas d'être réincarnés en vache puisqu'ils ignorent tout de la pensée bouddhiste.
De toute façon ils sont contents, cet été ils vont partir vivre de folles aventures dans un village de vacances peuplé des mêmes beaufs qu'eux... Et ainsi va la vie, année après année ils glissent vers la vieillesse et ils éduquent leurs enfants à accepter la même résignation. Ils me font presque gerber ces gens là. Et le pire c'est qu'il faut se les farcir à la pause, faire semblant d'écouter leurs récits passionnant sur les soldes dans tel magasin ou la victoire de Federer dans tel tournoi de tennis. Mais le fond est atteint quand ils commencent à parler politique et à asséner leurs vérités sur leur effort en vue de sauver la planète. Alors là, accrochez-vous, les incohérences les plus crasses ne les arrêtent pas. Et, une fois de plus, leur bonne conscience en ressort non seulement indemne, mais en plus renforcée !
On vit entouré de gens formidables, je vous dis. Avec de tels héros, jamais on n'oserait mettre en doute la pertinence de la présence de l'homo occidentalis sur la planète. Heureusement, pour sauver l'honneur de l'humanité il reste quelques indiens d'Amazonie, mais il faut se dépêcher : avec ce que leur font subir les braves employés des multinationales du bois et du papier - « il faut les comprendre, ils doivent nourrir leur famille » vous diront les bien-pensants ignorant à quel point ils sont cyniques - il ne seront bientôt plus que des images d'archives et de belles photos dans les livres. Ils prendront place dans l'Olympe des espèces « disparues ». Cet adjectif, utilisé dans ce contexte, me fait bien rire : à croire qu'ils ont sciemment décidé de s'en aller. En réalité, un euphémisme de plus pour masquer notre culpabilité.
Car, même si mon entourage déteste quand je dis que « nous sommes tous coupables », c'est la triste réalité. Essayez de faire signer à vos collègues de travail ou à vos voisins une pétition qui défend les revendications de grévistes situés à 300m de chez eux, vous vous amuserez à observer leur air profondément méditatif lorsque vous leur soumettrez le texte à signer. A croire que leur petite signature, insignifiante pour toute la planète - sauf pour eux qui ont gardé l'illusion d'être uniques et donc irremplaçables - mérite d'abord une lecture approfondie.
Après tout, la pétition que je leur présente pourrait être subversive. Même s'ils me connaissent depuis des années, ils ne me font pas entièrement confiance. Enfin, last but not least, n'oubliez pas de les remercier une fois qu'ils ont paraphé la pétition, sinon ils sont capables de vous trouver ingrat. Ils pensent sans doute qu'ils vous ont rendu un service personnel en cautionnant un texte qui défend simplement des gens comme eux, ni plus ni moins méritants, simplement plus malchanceux.
C'est d'ailleurs sur cet autisme qu'est fondé notre monde dit développé : tant qu'elle ne nous pète pas à la gueule, on ne veut pas la voir l'injustice. On fait comme les braves citoyens allemands durant la dernière Guerre mondiale : on ne proteste pas. On se dit - avec une naïveté qui frise l'inconscience et qui ressemble étrangement à de la non-assistance à personne en danger - « tant que ça me touche pas directement, autant ne rien dire. Sinon je risque des ennuis ».
Sur cette belle note d'espoir, je vous donne bien le bonsoir et je vais me siffler un petit rhum. C'est une des rares libertés qu'il me reste. « Pourvu que ça doure » comme disait la mère de Napoléon...
Aujourd'hui c'est vous qui venez de subir une injustice. Hier c'était votre voisin qui se faisait licencier, demain c'est votre collègue de travail qui se fera humilier par son chef et l'histoire n'est pas prête de finir!
L'injustice est partout. Elle est comme la poussière: il suffit de se baisser pour l'appercevoir. Alors, n'attendez pas qu'elle vous frappe. Prenez les devants!
Je vous invite à vous joindre à moi pour créer une association de lutte contre les injustices et de défense des bafoués. Seuls nous n'avons aucune chance. Mais si tous les bafoués du monde francophone voulaient bien s'unir, nous ferions trembler la société sur ses bases.
Le principe d'action est simple. Sur ce site (ou un autre à créer), chaque victime d'une injustice, quelle qu'elle soit, évoque en quelques mots ce qui lui est arrivée. Après lecture, les autres membres de la communauté écrivent à l'auteur du méfait pour lui demander la cause de son acte brutal (physique ou psychologique). Ils le prient ensuite de réparer son méfait (ou son erreur).
Si ce dernier ne réagit pas, on lui adresse un deuxième et dernier message et on le place sur notre liste noire pendant une durée proportionnelle à la gravité de l'acte.
Dans tous les cas de figure, on réconforte la victime du mieux possible et avec sincérité.
Si vous adhérez à cette idée, n'attendez pas ! Prenez de suite contact avec moi. Plus nous serons, plus nous aurons du succès et des moyens de faire réparer certaines injustices!
Voici quelques citations en rapport:
Les coffres-forts s'engraissent du sang des travailleurs, la splendeur de la civilisation suscitée par le capitalisme cache une tragique réalité de larves douloureuses, de barbaries, d'iniquités sans limites.
Gramsci Antonio
La connaissance de cause en matière d'obéissance au droit est nécessaire parce qu'on ne peut pas exclure que même dans le cadre d'un ordre juridique légitime dans son ensemble, un phénomène singulier d'injustice perdure sans connaître de correction.
Habermas Jürgen
L'âme est ainsi faite que vous vous habituez à toutes sortes d'injustices lorsqu'elles paraissent constituer la trame même de votre vie.
Rufin Jean-Christophe
Tout ce que je constate, c'est qu'à mesure que se développe ce que vous appelez l'instruction, que l'humanité, dit-on, progresse, que les machines se perfectionnent, que s'accumulent les richesses, le nombre de pauvres augmente, et la pauvreté apparaît plus triste, plus sombre, plus méprisée.
Pérez Galdos
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